➢Histoire de la Montagne

          

1810 bnf gallica place du panthe on                          

Le Panthéon et Ste-Etienne-du-Mont après l'ouverture de la rue Clovis c. 1810, V.-J; Nicolle,  BNF Gallica

 

 

Voici une première ébauche de cette histoire.

 

De Lutèce à Paris

Avec l'île de la Cité, cœur administratif, la Montagne a connu une occupation urbaine continue depuis l'Antiquité. Après avoir battu les Parisii, les romains choisissent une colline proche du centre institutionnel, bien exposée sur la rive gauche pour y implanter une petite ville de 15 à 20 000 habitants. Des îlots réguliers s'ordonnent autour de deux axes principaux, le cardo (actuelle rue Saint-Jacques), qui mène à Senlis et Orléans et le decumanus, perpendiculaire au premier, et qui donne accès à Dreux à l'ouest, comme à Melun au sud-est. Des édifices publics, un forum (rue Soufflot), un amphithéâtre (arènes de Lutèce) et trois thermes (les plus vastes sont ceux de Cluny) structurent le quartier. Puis, les invasions barbares conduisent les habitants à se regrouper dans la Cité, plus aisée à protéger. Pour la défendre rapidement, l'on récupère dans les bâtiments publics de la rive gauche des matériaux nécessaires à la construction d'une vaste enceinte. Sous l'impulsion déterminante de Geneviève, les habitants résistent et sauvent leur ville en 451. Clovis qui a choisi Lutèce pour capitale, fonde une basilique au sommet de la rive gauche. Au haut Moyen Âge, si les constructions ont souvent disparu, le tracé antique sinue parmi les clos et les vignes. En raison de nouvelles invasions au IXème siècle, délaissant la rive gauche, c'est sur la rive droite que s'organise la vie urbaine.

 

Le Moyen Âge

Le pôle intellectuel de la rive gauche doit sa naissance aux maîtres et écoliers, qui, souhaitant le calme et l'indépendance, viennent s'installer près de deux abbayes: Sainte-Geneviève et Saint-Victor. Progressivement, l'Université acquiert des droits : Philippe-Auguste la reconnaît en 1200; le légat du pape lui donne des statuts en 1215. L'Université parisienne est structurée en quatre facultés : les arts, la médecine, le droit et la théologie. La faculté des arts qui donne l'accès aux trois autres enseigne sept arts: grammaire, rhétorique et philosophie constituent le trivium, le quadrivium comprend l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie et la musique. Les locaux universitaires sont plus que rudimentaires à l'origine (bottes de foin dans la rue "au feurre" (fouarre). La faculté des arts se compose de nations, provinces d'origine des étudiants. Certains collèges sont fondés pour des étrangers. La faculté de décret (droit) créée au XIIe acquiert une personnalité morale. La rue Jean de Beauvais rassemble longtemps ses établissements d'enseignement. Quant à la faculté de médecine, fondée en 1331, elle se fixe au XVème rue de la Bûcherie. Enfin, la plus célèbre, celle de théologie (dont la Sorbonne est le plus brillant collège) joue un rôle théologique non négligeable.

Ces quelques 4 000 étudiants du XVème siècle sont hébergés dans des collèges, à l'origine lieu de résidence et non d'enseignement, fondés par les libéralités d'ecclésiastiques ou de riches laïcs et regroupent une dizaine d'étudiants par un système de bourse.

A l'intérieur de l'enceinte dont Philippe Auguste ceinture la rive gauche entre 1200 et 1220, le quartier se structure. Le territoire des paroisses se dessine. Les clos s'urbanisent. Les grandes abbayes concèdent à cens, impôt léger, des parcelles de terrains à des "hôtes". Les commerces se multiplient. Certaines rues attirent des artisans, séduits par des franchises offertes aux corporations. De nombreux métiers liés à l'Université s'y déclinent : parcheminiers, écrivains enlumineurs, quand à partir de 1470, le premier imprimeur allemand s'installe à proximité de la Sorbonne. Si le quartier est au XVIème l'un des centres du livre, dès la fin du XVIIème, il deviendra aussi celui des graveurs.

 

La Renaissance et le Grand Siècle

Deux fondations vont jouer un rôle déterminant et contribuer à nourrir des querelles religieuses et politiques: la création par François I en 1530 du collège royal (de France) indépendant de l'Université. En 1563, c'est la fondation du collège de Clermont par les Jésuites qui déclenche la fureur du Parlement.

Les désaccords religieux envahissent l'histoire du quartier. La Sorbonne très hostile aux protestants condamne Lefevre d'Etaple, puis Erasme. Les Jésuites sont chassés en 1594.

A la suppression de l'enceinte de Philippe Auguste, le Jardin du Roi est fondé par Guy de la Brosse en 1635 pour être à la fois un conservatoire des plantes médicinales et un établissement d'enseignement dans les domaines de la botanique, de la chimie et de l'anatomie. Le jardin créé à l'est une zone verte d'une grand importance. Il côtoiera des activités commerciales (halle aux vins en 1664, marché aux veaux, 1774), tandis que les imprimeurs rejoints par les mégissiers et les fabricants de textiles utiliseront les potentialités de la Bièvre.

Dans le domaine religieux, après le court apaisement imposé par Henri IV, une nouvelle querelle se déclenche autour du jansénisme. Le faubourg Saint-Jacques, au sud de l'université, constitue bientôt une pépinière de lieux où se côtoient les monastères d'hommes et de femmes qui ont choisi de suivre les idées du théologien flamand Jansenius: en 1625 les cisterciennes de Port-Royal, l'église Saint-Jacques du Haut-Pas; des personnalités hors du commun, Pascal, Arnaud d'Andilly, Sacy, Pierre Nicole, tous ont fréquenté ce quartier. En dépit de la bulle Unigenitus (1713) qui entraîne la destruction de Port Royal, jusqu'en 1731, avec l'affaire des convulsionnaires de Saint-Médard, le Jansénisme reste particulièrement vivant dans le  faubourg Saint-Jacques. La Sorbonne, très gallicane, retrouve, grâce à Richelieu, son proviseur en 1622, des bâtiments et des moyens. Quant aux Jésuites, opposés aux jansénistes,  ils ouvrent avec succès leur collège Louis-le-Grand en 1682. La fin de l'Ancien Régime voit les jansénistes obtenir la fermeture de Louis-le-Grand, où l'on installe le siège de l'Université et auquel on rattache les petits collèges.

Le Quartier latin reste largement aux mains de l'Université et de l'Eglise : outre les deux grandes abbayes Sainte-Geneviève et Saint-Victor, les fondations se multiplient: le Val-de-Grâce qu'Anne d'Autriche édifie en l'honneur du futur Louis XIV le long de la rue Saint-Jacques et plusieurs congrégations : Ursulines, Feuillantines, Carmélites, dames de la Visitation. A la fin du Siècle des Lumières, Soufflot exécute le vœu de Louis XV de reconstruire l'église Sainte-Geneviève; mais plus qu'une grande basilique, c'est l'aménagement du sommet de la Montagne qui se met en place : Soufflot dessine la faculté de droit (1771), une voie importante menant au Palais du Luxembourg et envisage une faculté de théologie.

 

De 1789 à 1980

La Montagne n'échappe pas aux bouleversements révolutionnaires : la Sorbonne est fermée,  Sainte- Geneviève devient le temple des grands hommes, le Val-de-Grâce, un hôpital militaire. Plusieurs églises disparaissent : Saint-Etienne des Grés, les ruines de celle des Bernardins, les Mathurins, etc.

La vocation enseignante de la Montagne s'affirme de la Révolution au début du XXème siècle : outre le Jardin des Plantes doté d'un muséum, le Collège de France survit, à côté de prestigieux établissements : Louis-le-Grand, Henri IV, le collège Sainte-Barbe, la faculté de droit, l'Ecole polytechnique, l'Ecole Normale Supérieure, l'école nationale des chartes et la bibliothèque Sainte Geneviève. Pour la Sorbonne, Nénot épargne la chapelle et édifie le vaste ensemble qui marque le flanc de la Montagne. Non loin, se développent les écoles scientifiques, instituts de géographie, d'océanographie. S'implantent, l'Ecole de physique chimie, l'Institut Henri Poincaré et l'Institut d'agronomie.

Plus visible dans le paysage du quartier, la main d'Haussmann coupe dans le bâti ancien. La rue des Ecoles projetée avant lui se prolonge, en incluant la rue Saint-Victor. Le préfet élargit la rue Saint-Jacques, doublée par le nouveau boulevard Saint-Michel. Pour le relier à la Seine, le tracé du boulevard Saint-Germain gomme les rues du Foin, des Noyers , coupe une partie de la place Maubert et emporte les restes de l'église des Bernardins. Pour les arènes de Lutéce, la rue Monge tranche dans le bâti, de la Seine aux Gobelins.

 

De 1960 à 1980, les établissements d'enseignement s'agrandissent: La halle aux vins fait place au campus de Jussieu, l'ancienne halle aux cuirs devient Paris III Censier. En dépit de ses changements d'activités et de composition sociale, le quartier s'efforce de garder sa vocation d'enseignement et de recherche, comme de valoriser un patrimoine végétal et bâti.

 

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